« Suivez l’argent. » — Deep Throat, Les hommes du président
Alors qu’une grande partie du marché des cryptomonnaies a passé l’année à réévaluer le risque, un segment de l’écosystème des actifs numériques n’a cessé de gagner en importance.
Les stablecoins ont poursuivi leur croissance, leur offre totale dépassant les 300 milliards de dollars à la fin mars selon CoinMarketCap, même si le sentiment global à l’égard des cryptomonnaies était, disons… moins stable. Et cela est important, car les stablecoins ne sont plus simplement un outil pratique pour les négociateurs. Ils deviennent de plus en plus l’infrastructure monétaire des marchés on-chain, des paiements transfrontaliers, du règlement numérique et, à terme, des produits financiers tokenisés.
Ce changement peut facilement passer inaperçu si l’on continue d’analyser les actifs numériques principalement sous l’angle des variations de prix. La volatilité des prix domine encore les manchettes, mais l’adoption des stablecoins raconte une autre histoire — moins axée sur le narratif et davantage sur l’utilité.
Autrement dit, alors que les investisseurs se sont concentrés sur les segments des cryptomonnaies les plus volatils, l’un des développements les plus importants provient des actifs conçus pour ne pas bouger du tout.
Les stablecoins : d’outil de niche à infrastructure financière clé
Les stablecoins sont passés d’un outil de négociation de niche à un élément important de l’infrastructure financière. Leur ampleur reflète désormais bien plus que la liquidité des plateformes d’échange : ils sont utilisés pour le règlement, les mouvements de trésorerie, les paiements, la gestion du collatéral et un nombre croissant de flux liés aux cartes et aux entreprises.
Visa a indiqué en décembre que le volume de règlement en stablecoins avait atteint un rythme annualisé de 3,5 milliards de dollars, et en mars, l’entreprise a étendu ses initiatives liées aux cartes associées aux stablecoins à davantage de pays.
Une nuance importante : tout ce volume ne correspond pas à des paiements dans l’économie réelle. McKinsey et Artemis Analytics estiment qu’une fois exclus les activités de négociation, les réallocations entre plateformes, les mouvements internes de fonds et les boucles automatisées en DeFi, le volume réel des paiements en stablecoins s’élève à environ 390 milliards de dollars sur une base annualisée. Cela représente encore une faible part des paiements mondiaux, mais la croissance est rapide, et l’écart entre volume brut et utilisation réelle reflète surtout le caractère encore émergent du marché.
Cela ne signifie pas que les stablecoins ont déjà « gagné » le marché des paiements. Cela signifie qu’ils ont largement dépassé le stade expérimental. Ceux qui les perçoivent encore comme un simple espace de transition entre transactions crypto volatiles regardent le marché avec une perspective dépassée.
La réglementation devient un catalyseur d’adoption
Une des principales raisons de cette maturation est la clarté réglementaire. Aux États-Unis, la loi GENIUS a été adoptée en 2025, établissant un cadre fédéral pour les stablecoins de paiement. Les autorités réglementaires travaillent actuellement à l’élaboration des règles d’application, avec des règlements finaux attendus d’ici la mi-2026 et une mise en œuvre probable au début de 2027.
Cela est important, car la réglementation élargit le marché adressable. Les stablecoins adossés à des liquidités et à des titres d’État à court terme, opérant dans un cadre juridique plus clair, sont beaucoup plus faciles à évaluer pour les institutions que les premières générations de « dollars numériques » peu encadrés.
La prochaine phase de croissance sera moins idéologique et davantage axée sur l’utilité opérationnelle : cycles de règlement plus rapides, flux de paiements programmables, gestion de trésorerie en continu et intégration directe de la conformité dans la couche transactionnelle. Ensemble, ces caractéristiques ressemblent moins à une innovation crypto qu’à une modernisation de l’infrastructure financière existante.
Tout aussi important, le débat réglementaire lui-même révèle une réalité plus large : les stablecoins sont désormais suffisamment importants pour intéresser le système financier traditionnel. Lorsque les décideurs et les banques négocient les règles entourant les rendements, les réserves et la distribution, ils ne se demandent plus si les stablecoins sont pertinents, mais plutôt comment ils seront intégrés à l’infrastructure financière. Même une réglementation imparfaite peut être constructive si elle confirme ce passage de la périphérie au cœur du système.
Pourquoi cela compte pour les portefeuilles
Pour les investisseurs, l’enjeu des stablecoins ne consiste pas tant à déterminer quel jeton surperformera, mais plutôt à comprendre où se crée la valeur au sein de l’infrastructure.
Les processeurs de paiements, les fournisseurs de services de garde, les couches de conformité, les plateformes de tokenisation, les acteurs de la structure de marché et les blockchains qui captent l’activité de règlement pourraient tous bénéficier de la transition des stablecoins vers une infrastructure financière plus large.
C’est l’angle le plus pertinent pour 2026. Les stablecoins deviennent un pont entre la finance traditionnelle et les marchés on-chain. Si ce pont continue de se renforcer, les occasions ne se limiteront pas aux émetteurs, mais s’étendront aux entreprises et aux réseaux qui permettent l’émission, la circulation, la garde, la conformité et l’intégration. Il s’agit donc d’une histoire de structure de marché, et non simplement d’un actif.
Le chapitre canadien : l’arrivée de CADD
Bien que le marché mondial des stablecoins soit encore largement dominé par le dollar américain, une dynamique plus locale commence à émerger. Tetra Digital Group a indiqué que son stablecoin en dollars canadiens, CADD, a complété une preuve de concept à la fin de 2025, incluant un transfert entre Wealthsimple et la Banque Nationale du Canada. Il s’agirait de la première fois qu’un stablecoin en dollars canadiens circule entre deux institutions financières, dont une grande banque.
Purpose Unlimited Inc. figure également parmi les investisseurs initiaux du projet CADD.
Cette preuve de concept est importante, car le Canada est demeuré relativement absent du débat sur les stablecoins, malgré des cas d’utilisation évidents en matière de règlements transfrontaliers, de paiements numériques domestiques, de gestion de trésorerie institutionnelle et de produits tokenisés.
Un stablecoin réglementé en dollars canadiens offrirait aux entreprises canadiennes une infrastructure monétaire numérique locale à un moment où les stablecoins prennent une place croissante dans le système financier.
L’implication de Purpose illustre un point plus large : les stablecoins ont dépassé le cadre strict de la cryptomonnaie. Ils représentent désormais une transformation de la structure de marché et, avec le temps, pourraient aussi devenir une catégorie de produits.
Conclusion
Nous avons déjà observé ce schéma avec d’autres innovations financières majeures : une phase de scepticisme, suivie d’une adoption progressive à l’abri du bruit médiatique, puis, soudainement, une infrastructure déjà en place.
Les stablecoins semblent aujourd’hui se situer dans cette phase intermédiaire.
Les risques demeurent : concentration élevée, cadre réglementaire encore en évolution et incertitudes quant à la pérennité de certains projets. Mais la direction est de plus en plus claire. Le marché croît, les règles se précisent et les cas d’usage deviennent concrets.
Parfois, l’histoire la plus importante dans les actifs numériques ne concerne pas la volatilité. Elle concerne l’infrastructure qui continue de fonctionner pendant que tout le reste fluctue autour d’elle.
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